Mon collègue humanitaire sait de quoi je parle

Il y a longtemps, le deuxième jour de ma première mission humanitaire pour la Croix-Rouge, je me suis retrouvé à descendre d’un ancien avion délabré sur une piste cabossée, entourée de montagnes désertes, à Kaboul en Afghanistan. Alors que pour moi c’était un rêve devenu réalité, pour la plupart de mes amis et ma famille, j’étais entré dans un monde complètement différent, incompréhensible pour la plupart d’entre eux.

Il y eut beaucoup de nouvelles expériences. Pour la première fois de ma vie, j’ai vécu une sorte de tremblement de terre: sous le clair soleil des montagnes, je voyais des ruines et des réservoirs brûlés. Au coucher du soleil, les longues traînées arquées des fusées Scud tirées quotidiennement, provoquaient d’infinies interrogations. Les week-ends, je flânais dans les marchés presque médiévaux et les palais d’autrefois maintenant abandonnés, je croisais des chameaux, je palpais des tapis d’Orient et beaucoup d’autres trésors exotiques.

C’étaient des choses et des expériences que la plupart de mes amis et ma famille pouvaient comprendre.

Ensuite, il y eut les choses avec lesquelles les amis et la famille ne pouvaient pas s’identifier, quelle que soit la manière dont je les relatais, comme les check points où des soldats nerveux pointaient des fusils sur notre Land cruiser. Parfois, il y avait des explosions qui éclataient soudainement dans le voisinage; j’écoutais les bruits et j’essayais de déterminer s’ils s’approchaient ou s’éloignaient. Et puis il y eût le jour où plusieurs roquettes ont explosé dans une rue animée, et des bus pleins de blessés sont arrivés. Ce jour-là, j’ai été appelé à l’hôpital pour aider en urgence. Je n’avais pas la moindre formation médicale, mais ma tâche était simple: être à l’entrée de la zone de triage et décider qui devait être laissé en tête de la file d’attente et qui ne devait pas. Le piège? En raison de la capacité limitée de l’établissement, ceux qui étaient arrivés dans le pire état devaient être traités en dernier. Et c’était à moi de faire rapidement cette évaluation…

Deux mondes

Depuis, le monde autour de moi est divisé en deux: ceux avec qui j’ai pu partager ce genre d’expériences et ceux avec qui je ne le pouvais pas. Il est vite devenu clair qu’il y avait une communauté de gens qui pouvaient vraiment comprendre ce dont je parlais: mes collègues humanitaires, mes pairs!

Au final, j’ai compris que seuls ceux qui avaient vécu les mêmes expériences ou des expériences semblables pouvaient vraiment comprendre, offrir un réel soutien et avoir une vraie écoute. Ils étaient disposés et capables de m’aider à trouver un sens et à mettre mes impressions vécues dans un contexte plus large.

Et vous?

Etes-vous aujourd’hui un ancien travailleur humanitaire ou bien êtes-vous actuellement sur le terrain? Avez-vous éprouvé des difficultés à vous faire comprendre des personnes qui n’ont jamais été elles-mêmes dans un contexte humanitaire?

Vous pourriez peut-être vous joindre à un groupe de soutien par les pairs ou en créer un? Pas seulement parce que vous auriez vous-même besoin d’aide, mais aussi parce que cela vous permettrait d’aider d’autres collègues. Ou bien même auriez-vous envie de créer un groupe de soutien par les pairs sur votre lieu de travail, où les gens échangent beaucoup sur ce genre d’expériences? Sur le terrain, les gens tournent souvent avec précaution autour des événements les plus douloureux. Parce que certaines choses requièrent une attention particulière, ils ont besoin de reconnaissance et d’un endroit spécial où ils peuvent en parler, être reconnus et digérer des expériences difficiles avec d’autres. Un groupe de soutien par les pairs répond à ce besoin!

Si vous le pouvez, n’hésitez pas à aider vos collègues humanitaires en leur offrant ce type de soutien psychologique. Avec une courte formation, pour pouvez être efficace.

Si vous souhaitez connaître la différence entre le soutien par les pairs et le counseling, téléchargez une nouvelle ressource de CHP: un livre blanc expliquant le soutien psychologique par les pairs et la démarche à faire pour créer un programme au sein de votre organisation. www.humanitarian-psy.org/

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L’auteur, Christoph Hensch, a commencé à travailler en 1989 pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), puis pendant de nombreuses années et dans de nombreux pays. En 1996, Christoph a été grièvement blessé lors d’une attaque contre une installation de la Croix-Rouge. Il a reçu la médaille «Henri Dunant», reconnaissant un «service exceptionnel et des actes d’un grand dévouement».

 

Merci de soutenir le travail du Centre de psychologie humanitaire

 

 

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