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Bien souvent le travailleur humanitaire se sent seul face à l'horreur qu'il a vécu ou plus simplement lorsqu'il a été isolé longtemps dans un poste. Il reste silencieux devant le spectacle quotidien des victimes traumatisées, par pudeur ou par impuissance. Souvent aussi, il est prisonnier du mythe héroïque de l'invulnérabilité et lorsqu'il souffre moralement, il se sent démuni quand il ne nie pas l'évidence…
Cette page est ouverte aux humanitaires qui veulent témoigner de leur vécu sur le terrain. Ceci afin de permettre à d'autres de constater qu'ils ne sont pas les seuls à se sentir mal…
Votre contribution est donc la bienvenue, sous forme de texte, de poème ou même de dessin. Les textes ne devront pas dépasser 30 lignes et resteront anonymes : c'est pourquoi nous vous demandons de déguiser les circonstances du vécu. Par ailleurs, le Centre de Psychologie Humanitaire étant politiquement et idéologiquement indépendant, l'équipe se réserve le droit de ne pas mettre le texte proposé sur le site sans fournir d'explication.
Si vous souhaitez donc nous faire partager votre témoignage, adressez-les nous par emails à:info@humanitarian-psy.org. Le CPH vous en remercie par avance!
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Catherine
Je me suis faite attaquer il n'y a pas longtemps. Je suis plutôt de naturel méfiant. Mais un instant de fatigue, d'inattention, d'impardonnable légèreté et voilà, je me suis retrouvée par terre, sac arraché. J'ai su après que c'était par une bande d'ex enfants-soldats reconvertis par la mafia locale en petit voyous. Et j'ai eu un mélange de sentiments: d'avoir potentiellement pu perdre la vie avec une angoisse rétrospective et de la compassion vis-à-vis des enfants qui ne connaissaient rien d'autre que l'horreur. Aussi d'avoir vu la mort d'aussi près, mais sans le souffle du meurtre, comme quelque chose de naturel, faisant partie de la vie. Un ami m'a dit qu'une telle attitude de ma part est dangereuse, car la prochaine fois – s'il y en a une – je risque d'avoir les mauvais réflexes et d'y laisser ma peau!
Ernesto
L’an dernier j’ai passé deux mois au Nicaragua, comme bénévole humanitaire dans une école où j’ai collaboré avec le professeur de sport et la psychologue. Ce faisant, j'ai pu apprendre à vivre comme les « Nica ». Ce fut une belle expérience multiculturelle!
Ce n’était pas mon premier voyage en Amérique Centrale, mais je ne connaissais pas encore le Nicaragua et c’était la première fois que je partais pour une expérience humanitaire. Avant mon départ, je m’étais informé sur le pays et sur ce que j’allais vivre, en lisant des livres et en parlant avec des personnes qui avaient déjà vécu cette expérience. Je voulais me faire une bonne idée de ce qui m'attendait et peut-être avoir des moyens de contrôler mon expérience. Mais j'ai vite réalisé que c’était sur place que j’allais devoir me lancer et m’adapter en faisant face à tous les imprévus, tels que les différences dans le rythme de travail, les problèmes de confort matériel, la vie d'une école dans une autre culture, etc…
Heureusement, j’ai eu très vite un bon rapport avec certaines personnes au sein de l’école, et leur aide m’a permis de surmonter les difficultés. En fait, je pense que le soutien psychologique de ces personnes, qui, avec le temps devinrent de bons amis, a été très important. C’est eux qui m’aidaient quand je me sentais un peu perdu ou quand je devais prendre des décisions importantes; c’est encore eux qui me rappelaient chaque fois les différences culturelles et donc que certains de mes comportements pouvaient causer des réactions inattendues!
J’ai eu beaucoup de chance de rencontrer des personnes aussi disponibles et chaleureuses. Même si on peut sûrement réussir seuls, tout devient plus facile et plaisant dans des relations de confiance avec les gens du pays. C’est pour ça que je pense que le plus important, c’est d’être ouvert à toute situation et de faire confiance aux personnes qui nous entourent. Elles sont les mieux placées pour nous aider à élargir nos horizons. On apprendra à partager avec eux tous les moments forts et, croyez-moi, dans une expérience de ce genre il y en a beaucoup!
Caroline
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Je me suis retrouvée hospitalisée avec un diagnostique d'état post-traumatique six ans après des traumatismes tant physiques que psychiques au cours d'une mission humanitaire. En sortant de là, j'ai eu la chance incroyable d'entrer en contact, par hasard, avec un réseau de soutien par email. Pas d'heures de rendez-vous limitées; pas de jours à attendre; pas besoin de connaître le correspondant et d'établir un lien affectif mais au contraire : la certitude que quelqu'un recevra le message et y répondra rapidement; la possibilité de tout dire "incognito" à toute heure et sans risquer une relation; et surtout une trace écrite essentielle. Conclusion: neuf mois d'échanges à raison de plusieurs heures d'écriture par jour et plus de 200 pages plus tard, en parallèle avec une thérapie spécialisée en post-traumatique, j'ai vu le bout du tunnel.
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