L’USURE DE COMPASSION dans l’humanitaire

LA COMPASSION A UN COÛT !

Fatigue de compassion et le Burn out - CPH

Dans les conflits, les catastrophes naturelles ou toute opération d’urgence, les travailleurs humanitaires peuvent être exposés à la désorganisation et la confusion, à des scènes de destruction inouïe, à la souffrance des victimes, et ainsi devenir à leur tour des “victimes secondaires”. Cela peut amener à ce que l’on appelle la fatigue de compassion ou encore usure de compassion.

Les contraintes du contexte les amènent :

  • A travailler énormément et dans des conditions parfois à la limite du supportable
  • L’habitation est trop près du lieu de travail ou encore très éloignée, requérant de longs trajets dans des conditions de transport fatigantes, voire dangereuses
  • Les éléments de réconfort et de repos peuvent être rares sur place
  • Les contacts avec les autorités locales sont parfois difficiles
  • Les règles du jeu peuvent changer de manière imprévisible

La personnalité des travailleurs humanitaires les amènent souvent:

  • A être consciencieux jusqu’au perfectionnisme: ils culpabilisent et oublient que l’énormité de la tâche empêche de “terminer” quoi que ce soit.
  • Ils oublient que les frustrations sont constantes. L’humour se fait rare ou grinçant. Ils se sentent facilement attaqués et le niveau d’irritation et de colère peut devenir incontrôlable.
  • La “culpabilité du survivant” teinte tout mouvement de compassion, pouvant entraîner un sentiment d’échec.

On appelle cela la « fatigue de compassion » : Les symptômes

Il s’agit d’un ensemble de réactions, ou syndrome, qui signe un dysfonctionnement émotionnel majeur. Cela ressemble à un « burn out », ou épuisement physique et psychique total, mais avec des signes de « stress traumatique », comme des flashbacks, un sommeil très perturbé, avec des cauchemars  faisant revivre les tensions douloureuses de la journée, un changement important dans son comportement vis-à-vis des autres, avec une alternance de mutisme et d’explosions ou de crises de larmes…
Cet état vient en grande partie d’une sur-identification avec les victimes que l’on soigne. On finit par devenir une victime soi-même !

Alors comment s’adapter à l’extrême ?

Tout d’abord, il faut comprendre les mécanismes du stress et ses conséquences: vivre en confrontation avec l’extrême limite de la souffrance humaine peut épuiser et provoquer de la confusion, du chagrin, de la peur et, au-delà, des comportements de stress traumatique.

  • Mieux connaître et surveiller ses attitudes et ses comportements.
  • Se souvenir qu’on a choisi de donner de son temps et de soi-même, ce qu’on ne pourrait pas faire si on était victime soi-même.
  • Se souvenir que les manières de supporter et de s’adapter à des situations extrêmes dont on n’a pas l’habitude ne s’apprennent pas en un jour. La pratique quotidienne du contrôle mental peut grandement aider.
  • Accepter l’intensité de nos émotions comme une réalité normale dans un contexte anormal.
  • Préserver une certaine distance avec les victimes et protéger sa vie personnelle.

 

© CPH 2015

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