La non-assistance à personne en danger : un crime puni par la loi ?

La non-assistance à personne en danger : un crime puni par la loi ?

L’an dernier, nous avions écrit dans ce même blog ceci :  » Sachant que les incidents de sécurité humanitaires ont suivi une courbe exponentielle durant cette dernière décennie, vous vous êtes peut-être demandé si vous et/ou votre organisation pourraient être tenus pour responsables et traduits en justice pour ne pas avoir protégé suffisamment le personnel de terrain. Selon une recherche faite par la Security Management Initiative il y a trois ans, la réponse est « Oui ». Eh bien, entre temps, Steve Dennis, un coordinateur de projet terrain, vieux routier de l’humanitaire, a été kidnappé, en même temps que trois autres membres du personnel au Kenya en 2012. Ils traversaient en convoi le camp de Dadaab, probablement le plus grand au monde, lorsque leur voiture a essuyé les tirs des ravisseurs. Le conducteur a été tué et Steve blessé à la jambe. Lui et ses trois collègues ont été pris. Après quatre jours de marche forcée vers la frontière somalienne, ils ont été sauvés par un groupe somalien pro-gouvernemental, qui ont attaqué leurs ravisseurs et les ont libérés. Depuis l’incident, Steve Dennis continue de souffrir de problèmes physiques résultant de sa blessure par balle. De plus, un syndrome de stress post-traumatique a été diagnostiqué, avec insomnie et hyper-vigilance aiguë notamment. Lors de sa propre enquête autour de l’incident, Steve a découvert de sérieux manquements et des erreurs importantes au sein de l’organisation quant à la gestion des incidents de sécurité. Il a donc décidé de poursuivre son employeur, le Conseil norvégien pour les réfugiés. Un tribunal à Oslo a reconnu l’organisation coupable de négligences graves dans le traitement de la situation sécuritaire. Suite au procès, Steve Dennis a reçu une indemnité de 4,4 millions de couronnes (500.000 $), plus les frais.

Les implications profondes pour l’aide humanitaire d’urgence 

Selon la recherche commanditée par la Security Management Initiative précitée, les principales causes de cette faiblesse des organisations humanitaires sont l’absence d’une «culture de la sécurité», d’une bonne compréhension des questions de protection du personnel, ainsi qu’un manque de volonté institutionnelle. Ce qui explique le manque de mécanismes décisionnels pour la gestion de ces situations à risque.  Le CHP, dont la mission a été de soutenir et de former les travailleurs humanitaires dans le domaine de la gestion de stress, a malheureusement constaté la même chose ces dernières années, avec peu de changements dans les mentalités.  

Une culture de la bienveillance

Aujourd’hui cependant, les bonnes pratiques internationales dans le soutien organisationnel au personnel humanitaire existent. Les responsables des ressources humaines et de la santé du personnel ne sont pas obligés de réinventer la roue, loin s’en faut ! Un modèle de soutien et de protection du personnel humanitaire, largement répandu aujourd’hui à l’échelle internationale, est décrit dans le Livre blanc : Formation, Soutien & Suivi de domaine humanitaire Personnel – Modèle et processus, publié par le Centre de Psychologie Humanitaire. Ce document explique les raisons pratiques et éthiques de créer et de développer un programme en interne permettant de protéger et de développer la résilience du personnel dans les zones à risque. Il en montre les grandes lignes et comment l’organisation peut assurer la protection de son staff.

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Auteur: Claire Colliard est directrice du Centre de psychologie humanitaire. Elle a formé le personnel humanitaire depuis 20 ans et aidé de nombreuses ONG a mettre sur pied leur programme de soutien organisationnel.

 

Merci de soutenir le travail du Centre de psychologie humanitaire.

 

 

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