Reconnaissons les travailleurs humanitaires

#PasUneCible: c’était le thème de la Journée mondiale de l’aide humanitaire 2017 observée le 19 août dernier. Encore une fois, il y a eu nombre d’incidents cette année, où les travailleurs humanitaires ont été intentionnellement pris pour cible, pris en otage, blessés et tués. Ce jour est l’occasion de reconnaître les travailleurs humanitaires pour leur contribution à la société et au monde, ainsi que le coût de leur engagement.

La reconnaissance peut être une puissante occasion de guérison pour ceux qui ont été ciblés et doivent vivre avec les blessures qui en résultent, visibles et invisibles.

Je sais, j’y étais. J’ai été pris pour cible. Mais j’ai aussi été reconnu pour ma contribution.

C’était lors d’une journée froide et grise en novembre 2007, lors de la 30e Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à Genève. Je me suis retrouvé sur la scène d’une grande salle, avec de nombreux délégués du monde entier, dont James Carlton d’Australie, Alexander Dumba Ika de la République démocratique du Congo et Josiah Gabel de France.

C’est à cette occasion que la médaille Henry Dunant m’a été attribuée, comme tous les deux ans, par la Commission permanente de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Etre sur scène devant tout ce monde, écouter des discours et recevoir une médaille et un grand certificat fut une expérience un peu gênante pour moi.

Pourtant, mais pas tout de suite, il y a eu un déclic tout au fond de moi: pour la première fois en 11 ans, je savais que je n’avais pas à cacher une expérience qui provoqua un arrêt brutal de ma carrière professionnelle, laissant un trou inexplicable de plusieurs années dans mon CV, à cause d’une incapacité à trouver et garder un emploi. Soudainement, des années de désorientation, de sentiment d’inadéquation, d’instabilité, d’incapacité à m’engager et plus généralement à donner un sens et une direction à ma vie, ont pris fin. Mon estime de moi-même et mon indépendance d’esprit, détruits par une expérience terrifiante, des efforts ratés pour me guérir pendant des années, tout cela a été restauré comme par magie en un instant grâce à ce petit morceau de métal symbolique, donné au cours d’un acte public de reconnaissance.

Cette guérison, quasi miraculeuse, est difficile à décrire, mais elle fut immédiate et tangible.

Non pas qu’une médaille puisse guérir instantanément une terrible expérience, mais elle y a contribué, et témoigne de ce que le pouvoir de la reconnaissance peut être profond et durable.

En tant que travailleur humanitaire, avez-vous déjà reçu des témoignages de reconnaissance? La société, ou même votre employeur, vous en a-t-elle jamais témoigné pour vos sacrifices et votre volonté de vous aventurer dans des environnements dangereux, simplement pour aider les autres? Cela a peut-être été fait de manière indirecte ou éclatante, ou peut-être même de façon régulière dans le cadre de votre travail?

La Journée mondiale de l’aide humanitaire est l’occasion parfaite de faire exactement cela: exprimer votre reconnaissance à tous ceux qui oeuvrent à améliorer le monde. Si vous lisez ceci, et que vous n’êtes pas vous-même un travailleur humanitaire, c’est l’occasion d’exprimer votre appréciation à quelqu’un qui fait ce travail, même si c’est une activité locale, et qui aide les personnes vulnérables et défavorisées, où qu’elles soient.

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L’auteur, Christoph Hensch, a commencé à travailler en 1989 pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), puis pendant de nombreuses années et dans de nombreux pays. En 1996, Christoph a été grièvement blessé lors d’une attaque contre une installation de la Croix-Rouge. Il a reçu la médaille «Henri Dunant», reconnaissant un «service exceptionnel et des actes d’un grand dévouement».

 

Merci de soutenir le travail du Centre de psychologie humanitaire

 

 

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