Le devoir de diligence englobe-t-il le bien-être des humanitaires?

Le devoir de diligence englobe-t-il le bien-être des humanitaires?

Lors d’une conférence à Londres il y a quelques mois, sur le sujet brûlant du devoir de diligence et de la protection des travailleurs à l’étranger, une enquête récente a été évoquée, qui soulignait une absence alarmante de sensibilisation des employeurs concernant leurs responsabilités envers le bien-être de leur personnel en mission. De plus, nombre d’entre eux ignoraient totalement les exigences légales en matière de devoir de diligence ».

Parmi les employeurs bien sûr, on trouve la communauté des ONG opérant dans des environnements complexes et dangereux à travers le monde.

La sécurité d’abord

Aujourd’hui, il est devenu une obligation, éthique mais aussi juridique, pour les organisations humanitaires d’avoir une infrastructure sécuritaire lors de leurs interventions sur le terrain, comprenant une série de mesures visant entre autres à atténuer les risques pour leur personnel. Dans ce cadre, elles offrent aussi, dans de nombreux cas, une formation avant déploiement sur les compétences de base en matière de sécurité et une initiation à l’intervention de première urgence, avec des protocoles en interne adaptés aux pays de la mission.

Malgré tout, toutes ces mesures ne sont efficaces que si les travailleurs humanitaires sont en bonne santé physique, mais surtout émotionnelle et mentale. Il est bien connu aujourd’hui, mais malheureusement pas toujours accepté, que le personnel de terrain, lorsqu’il est stressé et traumatisé, ne peut pas se concentrer et faire son travail correctement. Par conséquent, il est plus à risque de prendre de mauvaises décisions, pour lui et ses collègues, notamment dans le cas d’un incident plus ou moins grave.

Cela implique donc pour les organisations de recruter dès le départ un personnel résilient, d’avoir un programme de formation de base pour tous les travailleurs de terrain sur la sécurité et la vie dans un contexte dangereux. Ceci est particulièrement indispensable pour ceux qui seront amenés à aller dans des zones à risque. Il s’agit par ailleurs de former les responsables d’équipe aux techniques de gestion de stress pour éviter le développement de burnouts et de comportements addictifs. Enfin, l’organisation doit pouvoir fournir un protocole psychosocial en cas de crise et prévoir systématiquement un débriefing psychologique au retour. Tout ceci fait aujourd’hui partie des bonnes pratiques internationales.

Le soutien psychologique

Le soutien psychologique qu’une agence peut donner dans des contextes de crise sécuritaire dépend principalement des bons réflexes des responsables sur le terrain, non seulement grâce à une formation de base sur la gestion du stress, le leur et celui de leur équipe, mais aussi aux techniques de détection et d’évaluation des comportements dysfonctionnels au sein de leur équipe et des décisions à prendre, souvent dans l’urgence. Un autre point important pour atténuer les risques pour le personne international autant que national, c’est de savoir comment protéger leur équipe après un incident de sécurité, physiquement bien sûr, mais aussi émotionnellement.

Selon OCHA, « ces dernières années, une attention accrue a été donnée aux besoins de sécurité des travailleurs humanitaires en donnant de nouvelles formations, en mettant en place des politiques de sécurité et des procédures de protection. Cependant, ces ressources continuent d’être biaisées en faveur des expatriés internationaux plutôt que du personnel national et local recruté sur place par les ONG lors des opérations d’urgence ou des programmes de réhabilitation, lequel aurait souvent plus besoin d’être formés aux risques sécuritaires, à la gestion de stress et de traumas ». Ce commentaire d’OCHA se réfère essentiellement aux grandes agences et non aux myriades de petites ou moyennes organisations aux budgets très limités partout dans le monde.

Une approche globale du bien-être

En d’autres termes, face aux violences croissantes subies par le personnel humanitaire dans le monde, il est devenu incontournable pour les ONG de construire une approche globale de la sécurité, non seulement en tenant compte de l’aspect matériel de celle-ci, mais en incluant aussi le facteur humain – la vulnérabilité émotionnelle des travailleurs humanitaires et des moyens d’augmenter leur résilience. C’est une simple question éthique.

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Auteur: Claire Colliard est directrice du Centre de psychologie humanitaire. Elle a formé le personnel humanitaire depuis 20 ans et aidé de nombreuses ONG a mettre sur pied leur programme de soutien organisationnel.

 

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